Le crapaud: un risque mortel pour le chien et le chat

Le crapaud au contact mortel pour le chien ou le chat sur une période générale d’avril à septembre

Il y a quelques temps j’ai trouvé dans mon jardin, celui qu’on appelle l’auxiliaire du jardinier; un minuscule crapaud d’à peine 3cm  dont je n’ai pu résister à tirer le portrait.

Photo crapaud jardin

 Si le petit batracien est un fervent défenseur des  salades  car il mange les invertébrés friands de ces douceurs (limaces, vers de terre, chenilles etc…) il a le gros défaut d’attirer la curiosité des chien et chats pour lesquels il représente un véritable danger de mort.

Il s’agit pour la majorité des cas en France métropolitaine du Crapaud commun (Bufo bufo) et Crapaud des joncs (Bufo calamita).

Le crapaud secrète un venin toxique. Le chien est la principale espèce touchée mais aussi  le chat, dans une moindre mesure. Les bovins sont également une cible courante. Le risque d’envenimation est plus élevé entre avril et septembre, avec un pic entre juillet et août.

Le plus souvent, les chiens s’enveniment juste en tenant un crapaud dans la gueule,   sans avoir à l’ingérer.

Les crapauds ont un système de défense (quand ils se sentent en danger) constitué de deux types de glandes qui sont situées sur tout le corps. Ces glandes sécrètent du venin. La pression qui s’exerce sur le crapaud, lors de sa prise en gueule par le chien ou le chat,  provoque l’éjection du venin.  C’est ainsi que, lors du contact avec la muqueuse de la bouche, le venin pénètre dans le sang. Son action toxique cible le cœur et le système nerveux.

NB/  Le venin ne traverse pas la peau, c’est pourquoi il n’y a pas de danger à  prendre un crapaud dans la main.

La gravité de l’envenimation dépend de la taille de l’animal exposé :

Pour un petit chien, le contact buccal avec un crapaud peut être mortel !                     

Pour un gros chien, l’évolution est le plus souvent bénigne.


Toxicité

 Le venin contenu dans les glandes cutanées contient des hétérosides cardiotoniques (bufotoxine et bufogénine), des catécholamines (adrénaline, sérotonine) et des composés hallucinogènes (bufoténine). Ce venin acide a, de plus, des propriétés très irritantes.

Symptomatologie

Les premiers symptômes apparaissent 2 à 3 heures après le contact. Ils sont d’emblée gravissimes.

  1. Signes digestifs :
  • irritation de la langue et de la cavité buccale,
  • hyper salivation,
  • vomissements, diarrhée,
  • coliques avec position antalgique.
  1. Signes généraux :
  • Hyperthermie.
  1. Signes cardiaques :
  • bradycardie ou tachycardie,
  • arythmie (extrasystoles ventriculaires, bloc auriculo-ventriculaire, fibrillation ventriculaire précédant la mort)
  1. Signes neurologiques :
  • Prostration,
  • Ataxie,
  • Hallucinations,
  • Trémulations,
  • Nystagmus,
  • Convulsions,
  • Coma.
  1. Signes oculaires :
  • Irritation,
  • kérato-conjonctivite intense avec possibilité d’uvéite antérieure.
  1. Lésions
  • kérato-conjonctivite et uvéite antérieure,
  • stomatite, gingivite.

Les signes cliniques d’une intoxication au venin de crapaud sont, d’abord, une salivation immédiate et importante. Si l’envenimation est minime, tout rentrera dans l’ordre spontanément. Mais si ce n’est pas le cas, apparaîtront des vomissements, et de l’abattement, suivis éventuellement de signes d’atteinte nerveuse tels qu’une démarche anormale, des tremblements et des convulsions. Les signes cardiaques ne peuvent être décelés qu’à l’auscultation ou à l’électrocardiogramme.

Face à un animal qui a pris un crapaud dans sa gueule, il faut rincer la cavité buccale immédiatement et, si des symptômes apparaissent, contacter rapidement un vétérinaire.

Pronostic

 Il est sombre, la mort est souvent rapide chez les animaux de petite taille.

 

Traitement

 Traitement éliminatoire :

  • rincer la cavité buccale avec une solution diluée de bicarbonate de sodium pour neutraliser l’acidité du venin.

MON CONSEIL

Tout comme le coup de chaleur, nous sommes devant  une urgence vétérinaire absolue que seul le praticien de santé animale peut gérer par un traitement symptomatique tel que:

  • corticoïdes à action rapide à dose anti-choc (Solumédrol® 20-30 mg/kg IV)
  • pansements digestifs
  • en cas de tachycardie ventriculaire, propranolol  0,01-5 mg/kg IV selon les besoins, réitérer 20 minutes plus tard au besoin
  • en cas de bradycardie : atropine ou glycopyrrolate (Robinul V®)
  • en cas de convulsions : diazépam (Valium®)
  • rincer l’œil avec du sérum physiologique tiède.

Bibliographie

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