Gestation-socialisation du chiot-1

Je voudrais vous présenter Christine de Turckheim.

Christine a de nombreuses qualités qui font d’elle une « grande dame » du monde du chien et tout particulièrement celui du Bouvier  Bernois qu’elle élève avec talent, méthode, et un incroyable savoir faire. Ses articles, traduits également en italien et en allemand, sont publiés dans la revue de l’Association Française des Bouviers Suisses au sein de laquelle elle préside la Commission de Travail. Expert qualifiée des 4 races de Bouviers  Suisses, elle est également moniteur canin et spécialiste des problèmes de comportement. En cynophile accomplie, elle pratique avec succès l’agility, l’obéissance, l’attelage, de même que le pistage humanitaire. Christine est déléguée pour l’Alsace et la Lorraine au sein de l’Association Française du Bouvier Suisse.

Je vous livre ici le premier de trois articles traitant de la socialisation du chiot. Savez-vous que la socialisation commence pendant la période de gestation, alors que les chiots se forment tout doucement dans l’utérus de leur maman ?

Lisez plutôt….

********************De la gestation à la Socialisation****************

 

Nombreux sont ceux qui pensent que la vie du chiot commence vers 3 semaines, période dans laquelle il passe d’un stade dit «larvaire ou végétatif», à un stade où la manipulation et l’évolution retiennent l’attention, bref, à un éveil plus spectaculaire.

Il n’en est rien.

Le chiot, dans le ventre de sa mère reçoit déjà des informations qui influeront sur son comportement; celles-ci ont une grande importance, dans la mesure où le chiot peut acquérir un comportement équilibré. Il est nécessaire de se pencher sur ces aspects avec une attention toute particulière, afin d’éviter certains problèmes qui peuvent parfois présenter des conséquences à long terme.

Je vais essayer de développer ces différents stades pour une meilleure compréhension, car n’oublions pas que ces mêmes chiots naissent chez des éleveurs (qu’ils soient amateurs ou professionnels), et que leur travail consiste à préparer des chiots aussi équilibrés que possible. Concernant certaines idées ou approches développées ici, certains pourront penser qu’elles n’ont pas de base scientifique, et sont donc peu fiables.

Il faut savoir que ces différents aspects ont fait l’objet de nombreuses études et, tout particulièrement, celle du Dr PAGEAT (comportementaliste bien connu), qui a su les détailler.

Quant à moi, j’ai été séduite par cette approche qui répondait à mes observations. Je l’ai adoptée depuis bien longtemps déjà et là aussi, j’ai pu constater une différence: des chiots plus calmes, plus sûrs d’eux, et réagissant plus facilement aux stimulations tout en sachant gérer leur stress.

Le travail démarre lors de la période prénatale

Lors du dernier tiers de la gestation, il est important de masser l’abdomen des chiennes; certains pourraient trouver cela totalement absurde, mais il faut savoir, qu’à cet âge, les foetus deviennent réceptifs à un système tactile, et sont donc capables de répondre à une stimulation, ce qui favorisera le développement du futur chiot.

Je caresse donc régulièrement mes chiennes en gestation sur le ventre et lorsque je stoppe les «stimulations», je perçois nettement des réponses à ces dernières, par des coups de pattes, par exemple; c’est vraiment une sensation hors du commun et peu de mots peuvent résumer ce sentiment.

Je change également d’alimentation (ménagère et industrielle), mais uniquement en gestation et en lactation. Effectivement, une chienne reçevant toujours la même nourriture dite «monotone», ne fournira pas de stimulations suffisantes à ses chiots; je ne parle évidemment pas de comportement; il faut simplement savoir que dans ces conditions, le futur chien aura moins de difficultés pour accepter telle ou telle alimentation, mais sera plus sensible au changement. Alors que si l’on varie, uniquement durant cette période, l’on aura ni problèmes de transition, ni diarrhées intempestives, encore faut-il apporter à la chienne une alimentation équilibrée, en relation avec l’instant présent.

Il est vrai que malgré les conseils que l’on donne aux futurs acquéreurs, certains ne sont pas suivis; il est important de ne pas varier la nourriture, de donner un aliment de qualité car le Bouvier a une croissance longue et celle-ci doit être homogène. J’ai pu voir, dans le cadre de mon travail en clinique vétérinaire, durant mes cours d’éducation ou simplement dans la surveillance de croissance des chiots nés chez moi, différents cas de figure dépassant parfois l’entendement. Il est important, dans ces cas-là, que le chiot puisse supporter n’importe quel changement.

Attention également au stress de la maman, car ce dernier peut occasionner des réactions particulières chez le foetus; un certain nombre d’hormones circulent dans le sang, dont le taux varie en fonction du stress de la chienne. Ces hormones risquent de modifier, à long terme,  l’équilibre du chiot, en modifiant ses réactions. Le futur chiot pourra même développer des réactions de panique ou d’anxiété, suite à des stimulations fortes.

Cela fait partie des tests de caractère de déterminer les problèmes de comportement, notamment ce que l’on appelle le « syndrome de privation» (stade 1: le chien peureux, stade 2: le chien anxieux), le plus courant, ou «le chien hyperactif-hypersensible», ou encore «le chien délinquant appellé aussi dyssocialisation primaire», «l’hyper-attachement» … etc; bref, ces quelques exemples sont, bien souvent la conséquence d’une mauvaise insertion (on en reparlera), et montrent que le chien ne sera pas toujours capable de gérer son propre stress.

Fait troublant, par échographie, on a pu observer des phénomènes de succion de pattes lors de stress intense de la maman. On sait également qu’une fois adulte, certains chiens vont développer des réactions de léchage excessif de leurs pattes, pour apaiser ces tensions émotionnelles; cela ressemble aux gens se rongeant les ongles lors de stress; eux aussi, par cette action vont libérer des endomorphines ou endorphines, qui auront pour conséquence un apaisement immédiat. On retrouve ces mêmes problèmes de léchage ou de destruction d’objet, lors d’anxiété relative à un hyper-attachement.

Tout cela prouve que les conditions d’élevage ont un rôle déterminant pour l’équilibre et les performances du futur chiot; beaucoup de choses se jouent avant la naissance. Le stress ou les défauts de stimulations vont entraver le bon développement du chiot.

Où et comment installer la chienne?

Là encore, je vais parler de stimulations, car l’environnement DOIT ETRE STIMULANT. Evitez de faire le vide autour des chiots, surtout lorsqu’ils atteindront l’âge de 15 j.-21 j. N’oubliez pas l’éclairage qui est tout aussi important, bref, évitez les endroits sombres et vides.

Mais c’est loin d’être terminé, car nous n’en sommes qu’au début. L’aventure démarre.

Après la naissance, il est important de bien manipuler les chiots. Certains pensent que cette manipulation ne doit pas être effectuée sur des nouveaux-nés. FAUX, la chienne passe son temps à les lécher, à les retourner pour stimuler la zone périnéale pour leurs besoins, à les pousser avec son nez, etc … Si ces stimulations ne font pas partie du quotidien du chiot (ex. chiot orphelin, mère décédée), on pourra là aussi avoir des problèmes de comportement (trouble que l’on nomme «dépression de détachement précoce »). Mais attention, certaines chiennes acceptent difficilement le fait que quelqu’un touche et manipule leur progéniture; à force, cela pourrait occasionner un désinteressement de cette dernière.

Evidemment, la manipulation se fera en douceur, en caressant les chiots nouveaux-nés avec la pulpe des doigts, dans le sens du poil, quand ils sont à la mamelle ou serrés les uns contre les autres. Bref, cette stimulation est dite positive, car on associe la manipulation de l’homme avec une stimulation positive de la mère.

Puis, d’une manière progressive, on pourra prendre les chiots dans les mains, mais toujours avec de la prévenance et de l’attention.

Je développerai, lors de la prochaine revue, les différents stades (de la période prénatale à la période de socialisation) par lesquels passe le chiot. Tout cela pour prouver que le travail de socialisation et de stimulation est important dès la gestation; de plus, ce même travail se poursuit durant toute la croisssance du chiot, autant chez l’éleveur, que chez les nouveaux propriétaires. Il faut pouvoir informer ces futurs maîtres du travail qui les attend et ne pas affirmer, comme je l’ai souvent entendu, que le Bouvier n’a pas besoin d’éducation, que c’est un chien facile et qu’il se calme de lui-même en grandissant et en vieillissant.